La SABIX
Bulletins déja publiés
Biographies polytechniciennes
 

Pierre-Ossian BONNET (1819-1892)

Ce texte a été publié dans le Livre du Centenaire de l'Ecole polytechnique, 1897.

Bonnet (Pierre-Ossian) , plus connu sous le nom d'Ossian-Bonnet, est né le 22 décembre 1819, à Montpellier. Après de brillantes études au collège de cette ville, il entra à l'École Polytechnique, le 1er novembre 1838, et en sortit dans les Ponts et Chaussées; mais il renonça bientôt à cette carrière pour se livrer à l'enseignement et à l'étude des Mathématiques.

Chargé de famille, ses débuts dans la vie furent rudes et la fortune fut longue à lui sourire.

Longtemps il resta confiné dans les fonctions d'ordre secondaire : répétiteur de Géométrie descriptive à l'École Polytechnique, en 1844, plus tard répétiteur d'Analyse, science qui convenait davantage à ses aptitudes et à ses goûts, ce n'est qu'en 1861, qu'il obtint d'être nommé examinateur d'admission, fonction qu'il a remplie huit ans avec la plus grande distinction, laissant, dans la mémoire des candidats qu'il a examinés et dans celle de leurs professeurs, le souvenir ineffaçable de sa bienveillance et de sa loyauté.

Durant cette période de sa vie (1844-1861), il a publié nombre de mémoires importants, les uns relatifs à la théorie des surfaces, les autres sur les séries et les intégrales définies, dont un spécialement a été couronné, le 15 décembre 1849, par l'Académie de Bruxelles.

En 1861, il concourut à l'Institut (Académie des Sciences) pour le grand prix de Mathématiques, dont le sujet proposé était la théorie de la déformation des surfaces, qui avait déjà fait antérieurement l'objet de ses recherches. Il résolut la question et donna, comme on l'avait demandé, les équations différentielles des surfaces applicables sur une surface donnée ; mais autant en firent ses deux concurrents, Bour et Codazzi, le premier même plus complètement, en ajoutant à sa solution l'intégration des équations dans le cas où la surface considérée est de révolution. Le mémoire de Bour fut couronné.

L'année suivante, Biot mourait et l'Académie des Sciences dut pourvoir à son remplacement. Bonnet posa sa candidature et se trouva de nouveau en compétition avec Bour, géomètre de la plus brillante espérance et qu'une mort prématurée devait enlever peu de temps après; mais cette fois, plus heureux que l'année précédente, Bonnet l'emporta sur son jeune émule et occupa la place laissée vide dans la section de Géométrie.

En 1869, il échangea ses fonctions d'examinateur d'admission à l'Ecole contre celles d'examinateur de sortie; trois ans après, on le chargea de la direction des études.

Ce qu'il a été à l'École Polytechnique dans les diverses situations qu'il y a occupées ayant été dit longuement dans la notice qui forme le début de ce volume, nous ne croyons pas devoir y revenir.

Bonnet, peu avant d'avoir été nommé examinateur de sortie à l'Ecole, avait été appelé à suppléer Chasles dans la chaire de Géométrie supérieure à la Sorbonne; en 1878, la Faculté des Sciences le désigna, à l'unanimité, pour succéder à Le Verrier comme titulaire d'une des chaires d'Astronomie; à la mort de Liouville, il remplaça ce savant au Bureau des Longitudes.

A partir de ce moment, il ne s'occupa plus que des sciences faisant l'objet de ses prédilections, et il s'éteignit dans le calme d'une vie paisible, le 22 juin 1892, à l'âge de 72 ans.

Bonnet était un disciple de Monge et ses travaux dérivent du génie de son illustre maître. Simultanément analyste et géomètre, dans une même question il fait intervenir tantôt le calcul, tantôt la géométrie pure. Ses démonstrations, d'une rigueur irréprochable, sont des modèles de clarté et d'élégance. Au point de vue de l'enseignement, ses travaux ont rendu de grands services, tantôt en rectifiant certaines théories ou en précisant des démonstrations, tantôt en perfectionnant l'exposition du Calcul différentiel.

Les mémoires qu'il a publiés sont nombreux; les plus importants, relatifs à la théorie des surfaces et à l'Astronomie, ont enrichi le Journal de l'École Polytechnique, le Journal de Liouville, les Comptes rendus de l'Académie des Sciences et les Annales de l'Observatoire.

H. Laurent.